BRETAGNE AEROSPACE

DRONES MILITAIRES – La Bretagne, en pointe – Reportage France 3 chez Drone Act

6 octobre 2025

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Drones militaires. La Bretagne, en pointe, peut-elle aider à rattraper le retard français ?

200.000 drones seraient produits chaque mois en Ukraine. Sans comparaison donc avec les 2.500 drones dont disposerait l’armée de Terre française. Ces appareils sont devenus le nerf de la guerre. En témoigne le mur de défense anti-drone dont l’Europe envisage de se doter. Alors, face à ce défi, la Bretagne a-t-elle une carte à jouer ?

Ils traquent et tuent les soldats comme les civils depuis 3 ans en Ukraine. Ils frappent au Moyen-Orient, entre l’Iran et Israël. Ils sont désormais présents dans l’espace aérien européen. Les drones ont changé la physionomie de la guerre. 

En février 2025, Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées, reconnaissait que la France n’avait pas su anticiper une telle évolution : « Il n’est pas question sur ce segment-là de décrocher après le retard qui a pu être pris dans le passé. L’objectif n’est pas de rattraper ce retard, ce serait vain. C’est de sauter une génération technologique et d’être capable justement de tutoyer l’avenir ». 

Dans ce contexte, quelles sont les ambitions de la Bretagne en matière de drones militaires ? Quels sont ses atouts et ses faiblesses ? Les entreprises de la région peuvent-elle être en pointe pour produire ces drones militaires ?

Un drone de 33 grammes qui tient dans la main

Direction Vannes, dans le Morbihan. Ce jour de septembre 2025, les troupes du 3e régiment d’infanterie de Marine présentent un drone, le Black Hornet. Il tient dans le creux d’une main, ne pèse que 33 grammes mais occupe la première place. Certains de ces appareils militaires ont été conçus et fabriqués à une quarantaine de kilomètres de là, à Malestroit. 

L’atelier de cette entreprise, c’est un peu comme celui dans lequel James Bond vient chercher ses célèbres gadgets, sauf qu’ici, il s’adresse aux militaires d’élite : « On passe beaucoup de temps avec les forces spéciales ici. C’est un petit peu leur terrain de jeu, on va dire, leur magasin de jouets. Eux, arrivent avec des besoins, des contraintes, et nous on développe et on conçoit des solutions en fonction de leurs missions », explique Vincent Muller, le PDG de Drone Act.

Le drone-grappin développé par la société Drone Act est aujourd’hui utilisé par les commandos marine. © Image Drone Act.

Du drone-grappin au container d’impression 3D

Vincent Muller a créé son entreprise il y a 10 ans, seul. Ce qui l’a lancé, c’est le drone-grappin, utilisé par les commandos marine. Des drones pour franchir les obstacles, d’autres pour acquérir du renseignement, d’autres encore pour transporter des charges ou pour intercepter des drones malveillants. 

Si les commandes militaires représentent aujourd’hui 70% du chiffre d’affaires, c’est aussi parce que l’entreprise a su s’adapter aux contraintes des forces armées lorsqu’elles sont déployées à l’extérieur : « On a développé un conteneur d’impression 3D et on souhaite déplacer ces conteneurs sur le théâtre des opérations. Les commandos rentrent dans le conteneur, impriment leur châssis et ensuite tout est clipsable », précise Vincent Muller. 

Pour l’heure, et pour faire face à une demande en hausse, le petit atelier déménage dans des locaux plus spacieux, histoire de passer de la fabrication des prototypes à une production en série.

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Des drones marins s’approchent des explosifs à la place des plongeurs-démineurs

Si la Bretagne compte aujourd’hui une quarantaine de petites sociétés fabriquant des drones, une grande partie s’est spécialisée dans les drones marins. À Brest, les plongeurs-démineurs peuvent aujourd’hui s’appuyer sur des drones, pour s’approcher des explosifs à leur place…

Les besoins de la Marine nationale sont immenses. C’est d’ailleurs ce qui a poussé cet autre chef d’entreprise à installer un pilotage à distance pour ses embarcations, permettant aux commandos marine de Lorient de les utiliser en version drone, c’est-à-dire sans personne à bord : « Il s’agit surtout de pouvoir déployer plus vite, plus loin, sans mettre en jeu la vie des hommes, et avoir plus de missions avec un même bateau. Cela permet avec un même bateau de faire le lundi de la recherche et du secours, le mardi d’aller chercher des migrants, le mercredi rééquiper le bateau pour faire de la guerre électronique, et le jeudi faire une mission des forces spéciales par exemple », commente Richard Forest, le directeur général de Seair.

Financé par l’Agence Européenne de Défense, le projet vient d’être testé au Portugal, au cours d’un exercice en mer de l’Otan.

Un écosystème qui s’étoffe

Dans un secteur largement dominé par l’Ukraine, la Russie, Israël et les pays scandinaves, la France et singulièrement la Bretagne peuvent miser sur un écosystème qui s’étoffe : « Vous avez en Bretagne beaucoup de petites start-ups, TPE, des formations pour les jeunes qui travaillent aujourd’hui dans l’Intelligence artificielle, dans le développement de composants. Il y a les forces spéciales, il y a tout ce qui est aérien, réglementation, couloir aérien ou certification », explique Jocelyne Madec, la déléguée générale de Bretagne Aérospace Défense.

Des atouts donc, mais aussi des faiblesses, notamment des difficultés à produire à l’échelle industrielle,  l’absence de souveraineté en matière de composants encore souvent achetés à l’étranger et des circuits de commandes que certains acteurs économiques jugent trop lourds.

Il y a toutefois des signes qui ne trompent pas. Lors du dernier salon international de l’Aéronautique et de l’Espace du Bourget, où le drone était omniprésent, 22 entreprises bretonnes étaient représentées. 

(Avec Hélène Pédech)

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